Orientation en seconde : que de temps perdu !
À ne jamais mettre en adéquation les résultats scolaires et les possibilités, on entretient un flou qui consiste à faire croire à l'élève que s'orienter, c'est rêver... Comment prôner une orientation plus responsable et plus honnête (tout en respectant le désir d'excellence) ?
🤔 Passons en revue les critères à prendre en compte pour l'orientation en seconde et les interrogations à avoir :
- Les notes, mais pas que…
- Les autres critères.
- Apprécier les blocs de compétences plutôt que les matières.
- Quel travail en accompagnement personnalisé (AP) ?
- Ne pas continuer à rêver, mais se mettre au boulot.
- Les parents sont-ils informés ?
- Une critique possible.
- Qu’est-ce qu’il faut faire ?
Une réunion sur l’orientation plutôt que des rencontres parents-profs
Hier soir, j’animais une réunion comme je les aime, sur l’orientation, à destination des parents de mes élèves. J’avais réussi à éviter la sempiternelle rencontre parents-profs, préférant, pour un soir, en une heure, faire œuvre de salut public en informant sur les stratégies et la finalité de l’orientation en seconde. Je vous rassure, mes sept prochains jours sont consacrés aux entretiens individuels pour les élèves qui en ont besoin.
Les parents sont ressortis contents, selon leurs dires. Pourquoi ?
Je leur ai présenté les deux voies possibles, générale ou technologique, avec leurs atouts et leurs avantages. Des avantages très proches, en tout cas en termes de poursuites d’études (du bac +2 au bac +8). Voir mes précédents articles.
Mais surtout, je leur ai donné des indications sur les signaux qui permettent de faire son choix. Quelles questions se poser, que regarder ?
Les notes, oui bien sûr, mais pas que…
Le niveau général en seconde est un bon indicateur du potentiel de l’élève. C’est surtout vrai pour les « bons » et les « faibles ». Vous savez que dans mes articles, je ne m’embarrasse pas de langue de bois pour qualifier la façon dont on lit un bulletin. Cela ne m’empêche pas de ne jamais réduire un élève à sa dimension scolaire, et encore moins de l’installer sur une échelle de valeur ! Mais appelons un chat, un chat : un bulletin est bon ou mauvais.
Nous disions donc que c’est vrai pour les bons et les moins bons. Les premiers voient des portes s’ouvrir, les seconds se fermer. Le travail du professeur (dont le professeur principal) est de tout faire pour tirer les élèves vers le haut afin de leur permettre d’avoir une orientation choisie.
Mais pour les élèves « entre deux eaux », c’est plus délicat. Il est difficile de savoir ce que donnera un élève en première et terminale. Dans certains lycées (dont le mien), j’ai peu de surprises et mes prévisions sont globalement bonnes. Dans d’autres lycées, on peut souvent être à côté… Du coup, les surprises existent.
Pour faire simple, et si on devait donner des chiffres, je dirais qu’à partir de 12 de moyenne et avec moins de trois matières « cata », on peut envisager, s'il y a une envie pour le théorique, la voie générale. Dans l’autre cas, il vaut mieux envisager la voie technologique. Voir mes précédents articles.
En seconde, l’âge ne joue pas en faveur d’une réflexion approfondie
À 15 ans, un élève se connaît mal. Il ne maîtrise pas du tout l’introspection et a même tendance à la fuir. En tant que professeur principal, mes entretiens sont nécessairement longs (~40 minutes) pour permettre de briser la glace.
Entre le collégien brouillon encore sonné par ses quatre années de collège et l’élève de première assagi se connaissant mieux, on a affaire à un élève qui n’est pas toujours ouvert à la discussion et qui ne maîtrise pas la projection dans l’avenir. En tant que parents, vous voyez ce que je veux dire ?
Je n’ai jamais su si la détonation psycho-hormonale était aussi à l’œuvre physiologiquement, mais cela ne m’étonnerait pas que le cerveau soit accaparé par d’autres priorités. Je pense qu’elles sont profondes et questionnent non seulement les relations intimes, mais aussi le sens de la vie. Tout cela dans un mutisme vis-à-vis des parents… et des profs.
Quels autres critères ?
Alors, les indicateurs ? Il en existe plusieurs :
- Quelle matière aimes-tu ?
- Dans quelle matière te sens-tu prêt(e) à t’investir ?
- As-tu des vues sur un métier ou une formation ?
- As-tu déjà regardé si ces vœux sont en adéquation avec tes résultats ?
- Où te vois-tu dans 5 ans ?
- L’enfant est-il investi (ou très investi) dans une activité extrascolaire ?
- Ses activités le pénalisent-elles (c’est un comble !) pour les apprentissages scolaires ?
À ce petit jeu, on peut cerner assez vite si l’enfant a des velléités pour poursuivre des matières théoriques ou s’il préférerait s’orienter vers quelque chose de plus concret, avec une ouverture plus rapide sur le monde du travail. On peut envisager, sur ces bases, une poursuite en première générale ou technologique.
D'autant qu'en termes d’insertion dans les études et d’accès aux métiers de niveaux 5, 6 et 7, on joue dans la même cour. Technologique ou général, ce sont deux chemins pour aller au même endroit, mais pas de la même manière.
Apprécier globalement les matières à compétences proches
Les aptitudes scientifiques peuvent être appréciées logiquement via les mathématiques, la physique et la SVT. La capacité de compréhension à partir du texte s'évalue avec le français et l’histoire-géographie. Il faut toujours mêler les dominantes. Un élève faible en français en seconde n’est pas forcément un élève qui ne sait pas extraire des informations ! Il n’aime peut-être tout simplement pas la littérature…
C’est là le métier des enseignants : ils peuvent vous aider à cerner votre enfant. En réunion parents-profs, discutez aussi de cela plutôt que de perdre du temps à vous entendre dire qu’il ne bosse pas ou que tout va bien.
Il reste vrai que certains enfants ne laissent pas entrevoir leur potentiel futur. Dès lors, j’ai tendance à toujours conseiller la même chose : « Il vaut mieux aller là où l'on sera bon ! »
En AP et en « cours » d’orientation, dresse-t-on suffisamment ce profil ?
Personnellement, je reçois énormément d’informations concernant les outils à disposition pour permettre aux élèves de soi-disant construire leur parcours. Il existe des tonnes de liens menant à des sondages ou des présentations de métiers. L’ONISEP, le CIDJ et L’Étudiant sont des mastodontes en la matière et ce qu’ils proposent est de grande qualité.
Mais l’élève lambda, par expérience, ne s’investit pas dans ces recherches, surtout en seconde. Croire que parce que l’info est disponible, il va s’y intéresser et construire son parcours comme un adulte en recherche est utopique.
Au lycée, en AP ou en orientation, c’est le but, me direz-vous. Oui et non… Bien sûr que nous faisons découvrir ces outils, mais je passe surtout beaucoup de temps à coacher les élèves, à les mettre au boulot, à chercher des moyens pour qu’ils s’investissent. La pléthore d’informations disponible finit parfois par nous perdre.
Pire parfois, on continue à rêver…
« Quel métier veux-tu faire ? Combien veux-tu gagner par mois plus tard ? » Le problème de l’information sur l’orientation est qu'elle ne tient pas assez compte du profil de l’élève. Ce dernier n’est pas assez mûr pour jauger la distance qui le sépare des exigences des formations envisagées. En gros, il lui faut un guide : professeur principal, psychologue de l'Éducation nationale (ex-conseiller d'orientation), CPE…
Quand on songe que 60 000 étudiants s’inscrivent en médecine chaque année pour 15 000 places en 2e année, cela laisse rêveur sur le travail d’orientation mené au lycée, non ?
Et les parents sont-ils suffisamment informés ?
Revenons à mes parents d’hier soir. Peuvent-ils s’investir dans cette jungle de l’information ? Je pense qu’il faut simplifier l’information pour vous impliquer dans le processus décisionnel qui, rappelons-le, vous incombe en dernier ressort.
Je pense à un élève qui prendrait ses premiers cours de conduite : on ne lui expliquerait pas le fonctionnement interne du moteur, mais plutôt le volant, le levier de vitesse et les pédales. C’est un bon début.
Certains vont me dire…
Que si je ne veux pas « démocratiser » l’information, c’est que je veux orienter les élèves à la place des parents. Ce à quoi je réponds deux choses :
- J’ai donné les pistes pour nager dans cet océan. Mon but est d’aider, pas de cacher.
- Dans le système actuel, c’est bien l’Éducation nationale qui oriente souvent malgré les parents. Après avoir discuté des 18 000 possibilités post-bac, le couperet tombe : l’acceptation en filière technologique est prononcée par le rectorat selon les résultats et les places disponibles. On passe en 1re générale sur décision du conseil de classe.
Dans les faits, beaucoup d’élèves vont là où on les place !
Qu’est-ce qui est donc important ?
L'important est de tout faire pour savoir, en fin de seconde, si vous tentez l’aventure en générale ou en technologique. Vous êtes à un carrefour.
Surtout, on passe l’année à voir comment progresser. On en profite pour aplanir d’éventuels soucis personnels ou familiaux. La seconde doit être une classe où l'on apprend à devenir lycéen, pas étudiant. Il faut apprendre à travailler ! Un élève « orientable » est un élève prêt à relever des défis.
Parfois, je regrette l’accompagnement personnalisé (AP) tel qu’il était pratiqué avant 2017. Pendant deux heures par semaine, on se partageait entre orientation (1/3), méthodes (1/3) et excellence (1/3). On apprenait à s’organiser, à comprendre comment le cerveau retient, et on poussait chacun vers son maximum.
54 heures d’orientation à l’année pour tous les élèves, comme le disent les textes, c’est trop. Il faut aussi apprendre aux élèves à travailler, non ?